Programme de Gestion des Ressources Naturelles et de Développement Durable dans le Bassin Arachidier au Sénégal
Le Bassin arachidier (près de 30 % de la superficie du territoire national) produit environ les trois quarts de la production vivrière (céréales), et de la production arachidière. Fortement peuplé et cultivé en continu dans les zones les plus exploitées, il est en voie de dégradation et de paupérisation.
Le modèle d’exploitation mis en place depuis plusieurs dizaines d’années est basé sur une culture principale mécanisée et fertilisée : l’arachide cultivée en rotation avec le mil n’a pas résisté aux évolutions climatiques d’une part. Dans les années 80 les rigueurs du programme d’ajustement structurel, de pair avec une pression démographique croissante, ont définitivement compromis le fragile équilibre antérieur. Malgré les nombreuses recherches et projets réalisés dans cette zone au cours des dernières décennies, peu de solutions ont été trouvées pour enrayer le processus en cours, et en particulier freiner la dégradation de l’environnement ainsi que la paupérisation urbaine et rurale.
Pour inverser cette tendance, le CIRPED se propose de mettre en place un programme intitulé : « Programme de Gestion des Ressources Naturelles et de Développement Durable dans le Bassin Arachidier au Sénégal »
La raison d’être de l’intervention proposée se justifie par :
- Le déséquilibre croissant qui se marque entre la faible productivité de la plupart des systèmes de production et les besoins d’une population qui ne cesse d’augmenter ;
- Une dynamique paysanne qui se traduit par une mobilisation au niveau des organisations villageoises pour dialoguer avec tous les intervenants et participer à une réflexion sur des solutions alternatives en vue d’un développement durable.
La zone d’intervention proposée est située dans le centre–est du Bassin arachidier le long de l’axe Kaolack – Koungheul – Tambacounda.
Elle correspond à une zone de pluviométrie moyenne annuelle de l’ordre e 600 mm et à des densités de population variant entre 65 hab/km2 (Birkelane, à l’Ouest) à près de 30 hab/km2 (Koumpentoum, à l’Est). Sa population s’élève à près de 70 000 habitants, formant entre 8 000 et 9 000 ménages. Elle est relativement homogène et caractéristique d’une partie du Bassin arachidier ; elle ne présente pas les facteurs limitatifs les plus sévères du Bassin, mais elle présente un ensemble de problèmes et de contraintes importantes, en l’état actuel et pour le futur, si aucune action d’envergure n’est mise en œuvre rapidement. En effet, l’exploitation des terres (cultures) et de la végétation (troupeaux et prélèvement de bois—bois de feu et bois d’œuvre—compte tenu de la proximité de la route nationale) va en s’accélérant d’Ouest en Est ; des mesures doivent être prises dès maintenant pour protéger et régénérer le patrimoine foncier et les ressources végétales.
Le programme visera à :
- faire un lobbying auprès de l’Etat pour améliorer les conditions de vie des populations, par la réalisation d’infrastructures d’intérêt public, telles que des forages (hydraulique villageoise et pastorale), des pistes de désenclavement, des mesures anti-érosives importantes, la création ou la réhabilitation d’infrastructures sociales (santé, enseignement) et la promotion de centres de services dans le cadre d’un aménagement raisonné de la région. Ces investissements lourds, qui ne peuvent être pris en charge directement par les collectivités de base, doivent toucher une grande partie de la population ;
- intensifier et diversifier la production sans épuiser les sols ou étendre dangereusement les superficies cultivées ;
- restaurer l’environnement et contrôler l’élevage extensif, permettant à l’élevage, sous différentes formes, associé à l’agriculture, de représenter une source d’activités rentables, en équilibre avec le milieu naturel ;
- promouvoir à moyen terme une urbanisation rurale diversifiant les activités et les sources d’emplois, au niveau de centres urbain proches des villages, par l’installation de petites unités de transformation, de conditionnement ou de confection en vue de rentabiliser les productions locales, et par l’amélioration de l’artisanat ;
- renforcer les organisations villageoises et inter-villageoises (appui logistique et technique, formation) pour les rendre plus aptes à gérer leurs activités, à participer à différents niveaux à des prises de décisions et à de planifications régionales, et pour leur permettre d’élargir leur impact à d’autres villages ou terroirs ;
Le programme se propose d’intervenir aux divers niveaux de décision qui conditionnent le développement local et régional :
- au niveau des « familles »,qui constituent le tissu social des villages et forment une sorte d’unité de décision primaire pour l’exploitation de la terre ;
- au niveau des «groupements » où s’expriment essentiellement des intérêts collectifs, économiques et sociaux ;
- au niveau des «villages» qui forment les entités sociopolitiques de base du tissu régional ; ils ont les garants du patrimoine et des intérêts des communautés, notamment en ce qui concerne la portion d’espace exploitée et contrôlée par elles-mêmes, le « terroir villageois » ;
- au niveau des « communautés rurales », qui sont à la base du pouvoir élu et ainsi de l’instauration d’un système de participation.
Le programme qui sous-tend ces actions sera articulé autour de cinq composantes principales :
- infrastructures d’intérêt public : hydraulique villageoise (20 forages, 50 puits), désenclavement (100 km de pistes de production), infrastructures sociales éducatives (réhabilitation d’écoles) et de santé (réhabilitation de centres et postes de santé), dont la planification est étudiée par l’administration et ses structures décentralisées, avec le concours des organisations paysannes de de la zone de Koungheul ;
- actions de gestion des terroirs : concentrer ses actions de « développement rural durable » sur quelques 70 villages plus directement soutenus par les organisations paysannes, ainsi que pour les activités de services sur quatre à cinq bourgs ruraux ; et de développement agricole : permettre une action diffuse pour soutenir d’une manière plus dispersée au niveau de l’ensemble de la zone, spécialement par des crédits, des actions d’intensification agricole, à la demande des membres des organisations paysannes (quelques 2 000 à 3 000 exploitations familiales, soit 20 à 25 % des exploitants de la zone) à mener par les organisations paysannes avec la collaboration des services de l’Etat;
- de diversification des activités, valorisation des productions et création d ’emplois, promouvant par des crédits à moyen terme au niveau de la zone l’installation de petits entrepreneurs ruraux ;
- appui institutionnel, par le financement d’une équipe interdisciplinaire au niveau du CIRPED chargé de coordonner et d’impulser le projet ainsi que le renforcement des capacités des animateurs et des équipes de gestion des organisations paysannes ; et
- formation (formation des cadres techniciens et paysans aux approches d’éco-développement, gestion de terroir, formation en matière de gestion et d’alphabétisation, échanges de compétences entre les paysans).
Les coûts du projet sont répartis entre « Infrastructures d’intérêt public » : 41 %, Développement agricole, éco-développement et diversification des activités en transformation » : 36 %, Appui institutionnel et formation » : 23 % ;
Le programme serait à l’instar des autres programmes mis en œuvre au bénéfice des organisations paysannes :
- Pour les actions d’intensification et de gestion du terroir, appuyé et suivi par le CIRPED, exécuté par les membres des groupements paysans et par les services techniques publics ou privés (ONG, bureaux d’étude) en sous-traitance ou en intervention directe.
- Pour les infrastructures d’intérêt public, planifié et suivi par les autorités décentralisées et les instances élues (les conseils ruraux au niveau des communautés rurales,) exécuté le plus souvent sur appel d’offres.
Ces principes d’intervention caractérisent la nouvelle approche exprimée par les pouvoirs publics de ne pas intervenir directement dans la gestion des projets et d’en responsabiliser les ruraux dans le cadre de conventions. l’Etat se désengage tout en s’assurant de la faisabilité et de la conformité des projets avec les politiques de développement ; il aide, à la demande, à leur réalisation par ses services décentralisés et en assure le suivi périodique.
L’impact du programme devrait être assez importante : au niveau de la région par une amélioration générale des infrastructures publiques dans le cadre d’une réflexion engagée sur l’aménagement de la région ; au niveau de productions agricoles et des équipements des exploitations par le rééquipement de 25 % des exploitations de la région et des productions additionnelles de quelques 5 000 tonnes de céréales et arachides ainsi que 2 000 à 3 000 tonnes de produits maraîchers (fruits et légumes) ; au niveau de quelques 70 villages, engagés dans la restauration du milieu et une recherche de rééquilibre par une meilleure gestion des ressources naturelles ; au niveau des hommes (animateurs paysans) par un engagement dans un processus de développement durable et une plus grande responsabilité dans la vie de la région (relation avec l’administration et les pouvoirs élus, etc).
| Zone | Région | Department | Arrondissement | Rural Community | Nber of villages | Superf. (km2) | Population (Estimation 2003) | Density hab/km2 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Birkelane | Kaolack | Kaffrine | Birkelane | Birkelane | 85 | 496 | 25 100 | 51 |
| M’Bose | 44 | 231 | 16 500 | 71 | ||||
| Ndiognick | 50 | 263 | 19 900 | 76 | ||||
| Mabb. | 67 | 350 | 23 500 | 67 | ||||
| Total | 246 | 1 340 | 85 000 | 63 | ||||
| Koungueul | X | X | Koungueul | Ribol Escale | 37 | 517 | 8 100 | 13 |
| Gainth | ||||||||
| Pathe | 37 | 1 095 | 12 000 | 11 | ||||
| Lour Escale | 46 | 579 | 13 300 | 23 | ||||
| Maka Yop | 53 | 638 | 15 600 | 24 | ||||
| Koungueul | 77 | 649 | 34 000 | 52 | ||||
| Saly Escale | 68 | 479 | 17 000 | 35 | ||||
| Total | 318 | 4 057 | 100 000 | 25 | ||||
| Koumpentoum | Tambacounda | Tambacounda | >Koumpentoum | Koumpentoum | 28 | 602 | 11 600 | 19 |
| Bamba | ||||||||
| Ndiayène | 38 | 616 | 20 500 | 33 | ||||
| Kouthiaba | ||||||||
| Oudof | 86 | 2 583 | 22 800 | 9 | ||||
| Maleme Niani | 54 | 2 403 | 13 100 | 5 | ||||
| Total | 206 | 6 204 | 68 000 | 11 | ||||
| Villages and Population of the Project. | ||||||||
Budget
| Components | Costs | ||
|---|---|---|---|
| FCFA | $ US | % | |
| A. Infrastructures of public’s interest | |||
| Hydraulic | 116 450 000 | 211,727 | 27 |
| Small Roads | 51 750 000 | 94,090 | 12 |
| Social Infrastructures | 6 400 000 | 11,636 | 2 |
| B. Agriculture Development and eco-development | |||
| Management of village territories | 64 800 000 | 117 818 | 16 |
| Intensification of agriculture | 79 650 000 | 144 818 | 20 |
| Diversification of activities and transformation | 3 000 000 | 5 454 | 1 |
| C. Institutional Support and formation | |||
| Support to ASPAB | 30 600 000 | 55 636 | 7 |
| Support to Farmers’ Org. and Rural Communities | 71 050 000 | 129 181 | 16 |
| Total Costs of the Project | 423 700 000 | 770 363 | 100 |
| Total Costs of ASPAB, Farmers’ Org and Rural Communities’ Contribution : | 42 370 000 | 77 036 | 10 |
| Total Costs Solicited | 381 330 000 | 693 327 | 90 |